Compte rendu
Le 19 juillet 2011, à l’invitation d’un membre de Québec solidaire, se réunissaient les trois personnes suivantes pour réfléchir et contribuer à définir ce que pourrait être une politique culturelle pour le Québec de demain qui soit progressiste et respectueuse de l’ensemble de ses citoyens. Le secteur d’activités qui regroupait naturellement ces personnes était les arts de la scène et c’est sur cette discipline artistique qu’elles étaient invitées à réfléchir.
Le cercle donc était composé de Geneviève C. Gauthier, directrice générale d’un centre patrimonial, La Maison Dumulon à Rouyn-Noranda, ex-directrice administrative et responsable des communications au Théâtre du Tandem; France Caouette, directrice du Centre de la petite enfance Le Vol du Colibri et utilisatrice des services de diffusion de spectacles jeune public, et Jean-Guy Côté, enseignant à la retraite en théâtre et en littérature au collégial et au baccalauréat en enseignement du français au primaire et au secondaire, codirecteur artistique et général du Théâtre du Tandem (compagnie professionnelle de création et production théâtrale en région), directeur artistique de l’Agora des Arts (centre de production en arts de la scène et diffuseur spécialisé en théâtre) et metteur en scène. Des artistes et des travailleurs culturels en musique et en théâtre, des enseignants en musique et une auteure dramatique avaient aussi été invités à participer à ce cercle. Certains étaient en vacances à l’extérieur de la région au moment où le cercle s’est tenu et d’autres ont refusé de participer à une rencontre liée à une organisation politique par principe. Ils ont cependant transmis à la personne qui les avait invités certaines idées concernant le soutien aux arts de la scène.
L’ordre du jour de la rencontre était le suivant :
-Présentation de la démarche
-Politiques culturelles relatives aux artistes (individus, organismes et associations)
-Politiques culturelles relatives aux publics (spectateurs)
-Politiques culturelles relatives aux agents entre ces deux composantes essentielles des arts de la scène (promotion et mise en valeur, diffusion, éducation, etc.)
Cette division des points de discussion convient aux participantes et participants. Dans la suite du texte, la forme masculine comprend aussi les personnes de sexe féminin.
Les artistes
Plusieurs enquêtes le démontrent : même s’ils réussissent à mieux gagner leur vie de leur travail artistique que les artistes en arts visuels et en littérature, pour la plupart, les artistes en théâtre, en musique et particulièrement en danse ne gagnent pas un revenu excédant le seuil reconnu de pauvreté au Canada. S’ils y parviennent, c’est grâce à d’autres revenus gagnés au cinéma., à la télévision, dans l’enseignement ou provenant de tout autre travail qui n’a rien à voir avec leur formation artistique. Ce constat entraîne la mise en place de mesures concrètes découlant d’une politique culturelle qui appuie plus fermement la création et la diffusion des arts de la scène et qui place au centre de cette politique les artistes professionnels. Cette politique doit être accompagnée des moyens financiers permettant de reconnaître leur travail, sur la base de l’équité salariale découlant de leur formation et de leur expérience, permettant aussi de leur offrir un filet de sécurité sociale comparable à celui dont bénéficient d’autres catégories de travailleurs.
Les revendications budgétaires de ces artistes, de leurs organismes de production et de leurs associations de producteurs ou d’artistes peuvent paraître élevées par rapport à celles des écrivains ou des artistes en arts visuels. Elles s’expliquent du fait que ces arts de la scène, qu’on appelle aussi « arts d’interprétation » exigent des moyens de production importants, négligeables comparativement aux moyens du cinéma et de la télévision, mais somme toute considérables. Ils exigent aussi la constitution d’une équipe d’artistes aux expertises variées, des espaces de diffusion dont les coûts de fonctionnement et d’entretien sont élevés et des équipes de personnes pour la mise en marché des spectacles dont dans durée dans le temps est éphémère. Comme pour la littérature, le financement de toute la chaîne de création, production, diffusion ne relève pas des mêmes instances gouvernementales, ce qui peut entraîner certaines incohérences. En effet, le soutien aux artistes (bourses), aux organismes pour la création et la production relève du CALQ alors que la plupart des budgets pour la diffusion proviennent directement du MCCCF.
Pour une personne du cercle, la politique culturelle actuelle du Québec est obsolète. Les mandats et les actions du MCCCF, du CALQ, de la SODEC doivent être revus. Les budgets augmentés et représentés 3.5% du budget total du Québec pour réellement faire du développement culturel, mettre à jour le parc d’équipements et les conditions de travail des artistes et des travailleurs culturels. Tous s’entendent pour un financement accru de la pratique artistique professionnelle. La question fondamentale à poser est la suivante: Qu’est-ce que l’État québécois veut soutenir? L’industrie culturelle, la création artistique, les artistes, les organismes?
Pour cette même personne, la qualité de vie des artistes professionnels ainsi que le contrôle de la qualité de la création passent par un meilleur soutien aux organismes artistiques. Ce sont ces organismes qui permettent aux artistes en arts de la scène de travailler, donc de vivre de leur art. Les organismes doivent être mieux soutenus pour assumer l’ensemble de leurs mandats : créer les œuvres et les produire avec la participation des artistes qu’ils mettent sous contrat; payer adéquatement leur personnel spécialisé en administration, communication, mise en marché, direction artistique et technique, développement et sensibilisation des publics, etc. Une véritable politique culturelle doit aussi concentrer son appui financier dans les organismes les plus performants, sur l’ensemble du territoire, évitant l’éparpillement des ressources et la sur-production. Il se crée trop de spectacles pour la capacité du marché national. Il y a bien sûr des politiques à mettre en place pour développer les auditoires au Québec et les marchés internationaux. Mais il y a des limites vite atteintes, compte tenu de la profusion de création et du nombre d’artistes en arts de la scène qui sortent des écoles chaque année. Même l’abondante création québécoise ne peut embaucher toutes ces ressources, créant la déception de bien des jeunes diplômés qui ne trouvent pas d’emploi dans leur domaine. En concentrant son appui aux organismes les plus performants, l’État doit cependant mettre en place des mécanismes assurant la diversité de l’offre de spectacles : courants artistiques; catégories de publics (jeunes, adolescents, adultes); minorités anglophones; groupes ethniques; etc.
Le mode de rémunération des musiciens, comédiens, concepteurs posent problème puisqu’ils peuvent être associés à des travailleurs saisonniers sans avoir droit à l’assurance emploi à cause de leur caractère de travailleurs autonomes. Dans un Québec solidaire de ses artistes, il faut revoir ce mode de rémunération, créer un filet de sécurité sociale pour les artistes en s’inspirant des modèles français et belge, entre autres. Un problème demeure : Qui est reconnu artiste professionnel ? Qui le détermine ? Un certain nombre de critères interviennent déjà dans la détermination du statut professionnel des artistes en arts de la scène : sa formation, ses réalisations, ses contrats dans des organismes reconnus, etc. Des plus, ces artistes ont des associations de types syndicales et, pour en être membres, ils doivent répondre à certaines conditions. Enfin, des mécanismes d’accréditation peuvent être instaurés, comme dans le milieu de la santé, par exemple.
Une personne insiste sur la possibilité d’adaptation des politiques nationales globales aux réalités régionales. Le modèle des régies régionales, toujours dans la santé et les services sociaux, peut être inspirant pour l’encadrement de ces modulations en fixant, par exemple, des objectifs de développement disciplinaire différents selon la région, des instruments de mesure tenant compte des bassins de population, etc.
Tous s’entendent pour dire que l’État a une responsabilité dans le développement culturel du Québec qu’il partage avec ses artistes.
La diffusion
Parce que les arts, dont les arts de la scène, jouent, entre autres, un rôle primordial dans la transmission de valeurs, incluant des valeurs de classe, parce l’art contribue au développement des personnes, dont le développement du cerveau et de sa créativité chez l’enfant et le maintien de la santé mentale chez la personne âgée, l’accès aux arts vivants sur l’ensemble du territoire doit être une priorité nationale en matière de politique culturelle.
En faisant de l’accès aux œuvres une priorité, cela nécessite encore des investissements en immobilisation pour la création de nouveaux lieux adéquats de diffusion, dans certains parties du territoire, et pour l’entretien des équipements existants. Un inventaire du parc de nos équipements culturels reste à faire.
Même si des mesures économiques peuvent être développées pour aider les personnes les plus démunies financièrement à fréquenter les salles de spectacles, la principale barrière qui freine l’accès aux arts n’est pas économiques mais culturelle. Trop de gens croient encore que l’art n’est pas pour eux mais pour une élite déjà cultivée à laquelle ils ne s’identifient pas. L’accès à la culture et aux arts est au contraire un outil pour se sortir de la pauvreté, de la culture de la pauvreté et de l’exclusion culturelle.
Pour contrer ce sentiment d’exclusion culturelle et préparer les citoyens à une bonne réception des œuvres d’arts, dès son plus jeune âge, les centres de la petite enfance et l’école sont des partenaires incontournables des artistes, de leurs organismes et de l’État. Pour bien remplir cette fonction, l’école doit recevoir le soutien nécessaire car elle est sollicitée de toutes parts. De plus, le personnel des institutions d’enseignement, les enseignants au plus haut point, sont débordés et surchargés. Pour que l’école assure une meilleure éducation artistique de base aux enfants; des changements doivent être apportés à l’organisation scolaire. Les ratios enseignants/élèves sont trop élevés; les professeurs spécialistes ont trop de classes et d’élèves à encadrer. Autre facteur déterminant : des cours d’arts doivent être introduits dans les programmes de formation des maîtres pour que les enseignants ne soient pas démunis pour parler de théâtre, de musique, de danse, qu’ils en comprennent les langages et les codes et soient à même de guider leurs élèves dans la découverte des arts vivants.
Partenaires incontournables, disions-nous. Mais une bonne part de la responsabilité de former le public, même le jeune public, de lui faire découvrir les bienfaits de la fréquentation des arts revient aux producteurs et aux artistes. Elle ne doit pas être évacuée. Pour ce faire, les programmes de soutien aux diffuseurs doivent prévoir des bonifications de subventions si ces derniers organisent des activités de sensibilisation et de développement des publics. Ces sommes additionnelles serviraient à payer des cachets aux producteurs et aux artistes pour soutenir les enseignants et les éducatrices, rencontrer les enfants, leur donner des ateliers, leur faire expérimenter certaines pratiques artistiques, animer une rétroaction après une sortie culturelle, etc.
Pour démocratiser l’accès aux arts pour les personnes âgées, une politique culturelle de Québec solidaire devrait envisager la création de centres de création et de diffusion artistiques dans les résidences qui leur sont dédiées.
Les instances de valorisation et de promotion des arts de la scène
L’État doit confier des mandats d’éducation et de sensibilisation aux arts à ses médias d’état, en plus de l’information culturelle. L’investissement de l’État dans ces médias, en plus d’assurer une information de qualité, pourrait se concentrer sur la production d’émissions culturelles, sur la création de séries dramatiques, de concerts , de spectacles musicaux et de danse.
Si la télé munérique offre l’avantage de rendre accessibles des œuvres, elle n’en demeure pas moins complexe pour plusieurs, particulièrement pour les personnes âgées. De plus, pour utiliser adéquatement les médias sociaux, les mettre à jour constamment et alimenter les sites internet, les pages facebook, tweiter et consort, car ces médias peuvent constituer des moyens de promotion efficaces, cela exige temps et personnel qualifié de la part des organismes de production et de diffusion. Même les activités de communication et de marketing plus traditionnelles requièrent les moyens financiers pour l’embauche d’un agent de communication, ce que peu d’organismes peuvent présentement se payer. Les journaux et les médias électroniques peuvent contribuer à développer la fréquentation des arts de la scène, très certainement, mais cela dépend souvent de l’engagement des journalistes et chroniqueurs culturels eux-même.