Compte rendu
Le 18 juillet 2011, à l’invitation d’un membre de Québec solidaire, se réunissaient les trois personnes suivantes pour réfléchir et contribuer à définir ce que pourrait être une politique culturelle pour le Québec de demain qui soit progressiste et respectueuse de l’ensemble de ses citoyens. Le secteur d’activités qui regroupait naturellement ces personnes était les arts visuels et c’est sur cette discipline artistique qu’elles étaient invitées à réfléchir.
Le cercle donc était composé de Carmelle Adam, directrice du centre d’exposition de Val-d’Or; Noël Neveu, président du Centre des expositions de Rouyn-Noranda et commissaire; de Jean-Guy Côté, membre-ami de l’Atelier de gravure Les Mille-Feuilles, enseignant à la retraite en théâtre et en littérature au collégial et au baccalauréat en enseignement du français au primaire et au secondaire, codirecteur artistique et général du Théâtre du Tandem (compagnie professionnelle de création et production théâtrale en région), directeur artistique de l’Agora des Arts (centre de production en arts de la scène et diffuseur spécialisé en théâtre) et metteur en scène. Des artistes en arts visuels, le responsable d’un centre d’artistes et des enseignants en arts plastiques avaient aussi manifesté leur intérêt à participer à ce cercle mais, à la dernière minute, ils en ont été empêché.
L’ordre du jour de la rencontre était le suivant :
-Présentation de la démarche
-Politiques culturelles relatives aux artistes (individus et centres d’artistes)
-Politiques culturelles relatives aux publics
-Politiques culturelles relatives aux agents entre ces deux composantes essentielles de la littérature (promotion et mise en valeur, conservation, distribution, éducation, etc.)
Cette division des points de discussion convient aux participantes et participants. Dans la suite du texte, la forme masculine comprend aussi les personnes de sexe féminin.
D’entrée de jeu, une personne nous dit qu’elle n’avait pas trouvé d’énoncé de base à Québec solidaire sur la question culturelle, ce qu’elle déplore. Cependant, elle se réjouit de la démarche entreprise. Pour elle, reconnaître l’importance de la culture n’est pas juste une affaire de grands centres. La culture est liée à l’identitaire et à l’occupation du territoire, ce qui l’amène à se positionner par rapport à la concentration, par rapport à la déconcentration. La concentration prend aussi la forme de l’art de masse, avec ce que cela peut représenter de pas nécessairement positif mais aussi de positif. L’affirmation québécoise est passée par la télévision, par exemple. Il ne faudrait pas l’oublier au moment de faire une politique culturelle qui se veut progressiste et populaire, qui ne soit pas élitiste.
Une autre milite à l’occasion au Parti québécois mais suit avec intérêt les développements des autres partis sur les questions culturelles, ce qui l’amène à expliquer sa présence au cercle.
Les artistes
La plupart des artistes ne vivent pas de leurs productions, surtout ceux qui travaillent dans les centres d’artistes et qui les animent car ils amènent des développements disciplinaires extraordinaires sans pression pour la vente. Ils ne tirent pas non plus de revenus suffisants pour vivre des ventes dans les galeries, pas plus que les propriétaires des galeries. Sauf exception qui vendent bien leurs productions, les artistes doivent rechercher plusieurs sources de revenus : vente de leurs œuvres, perception de droits pour l’utilisation de leurs œuvres, participation à la politique du 1% (900 artistes en 50 ans), bourses de création, enseignement, etc.
Les bourses aux artistes donc doivent être maintenues, les enveloppes budgétaires à cette fin augmentées de même que les montants des bourses. Le système d’évaluation par les pairs pour l’octroi de ces bourses est bon.
Une politique nationale pourrait obliger les musées québécois à payer des droits d’auteurs ou des droits voisins, qui n’existent presque pas, pour assurer un meilleur revenu aux artistes qu’ils présentent. Pour favoriser l’établissement d’artistes sur son territoire, en partant des principes qu’une vie artistique effervescente contribue à la vitalité économique et sociale d’une ville (Indice bohémien), une municipalité pourrait, par exemple, exempter les artistes du paiement de la taxes foncière.
Le système en place au Québec (écoles de formation, subventions aux centres d’artistes, etc.) a favorisé et a produit beaucoup d’artistes en arts visuels. Mais le marché de l’art au Québec est petit et saturé. Il n’y a pas beaucoup de places pour les nouveaux artistes. Alors, ce qu’il faut que l’État développe, c’est la consommation et un marché extérieur.
Les personnes présentes voient difficilement comment assurer un revenu décent aux artistes en arts visuels autrement que par la modulation d’un supplément de revenu garanti. Le problème qui se présente alors : qui est un artiste professionnel ayant droit à ce supplément en exerçant son art? Qui le détermine? Un mécanisme impliquant des pairs doit intervenir.
À cette reconnaissance sociale de l’artiste est assortie des responsabilités. Outre sa production, sa participation à des recherches et à des réflexions, l’artiste pourra travailler dans un atelier, structure comportant des éléments de mandats des centres d’artistes et des centres d’exposition, à se perfectionner par l’accueil de tuteurs mais aussi à partager ses connaissances avec le public, à accueillir la population, à développer son discours sur sa démarche et sur l’art. L’œuvre n’a pas de sens sans son discours. Ainsi la véritable contribution de l’artiste à la société pourra se matérialiser : à travers et par sa production, réfléchir sur la société.
Une chose demeure certaine : même si les artistes sont des entrepreneurs, des travailleurs autonomes, l’État doit mettre en place un filet de sécurité sociale, comme pour l’ensemble des travailleurs. Et ce qui serait développé pour les artistes à ce sujet devrait être appliqué pour tous les travailleurs autonomes, avec les ajustements nécessaires pour chaque catégorie de travail.
La diffusion
Pour les participants, le système pour soutenir la production ou la diffusion en arts visuels est approprié; il lui manque juste un peu de financement. Ce qui est déficient, c’est la distribution, la mise en marché et le marché lui-même des arts visuels. C’est peut-être davantage ce marché qu’une politique culturelle devrait soutenir pour l’avancement des arts visuels au Québec et l’amélioration des conditions de vie des artistes.
Par exemple, un disquaire à bien des disques de bien des groupes de musiciens ou chanteurs. Une galerie ne présente que quelques artistes. C’est un des aspects de l’accès limité des consommateurs au marché de l’art. N’y aurait-il pas lieu que les programmes de la SODEC dédiés au soutien à la vente des œuvres soient modifiés pour favoriser un plus large éventail d’œuvres et d’artistes dans les galeries?
Les commissaires qui préparent des expositions vont sélectionner dans les musées, les galeries, ce qui fait que les arts visuels ne sont présentement pas très loin des tendances des marchés. Il n’y pas beaucoup d’espace pour les artistes émergents. Une politique culturelle de nature à soutenir le développement des arts visuels devrait être à l’avant-garde et au-dessus des modes.
Les moyens pour soutenir la fréquentation et la consommation des arts visuels
On ne peut aujourd’hui faire l’économie des moyens électroniques et de l’internet pour faire la promotion et la sensibilisation aux arts visuels. Les œuvres des plus grands musées du monde sont accessibles pour être visionnées sur le net. Par contre, le téléchargement effondre le marché. Il faut des lois, comme pour la musique, le livre, le cinéma et la vidéo, pour que les artistes en arts visuels touchent des droits et reçoivent des redevances de l’utilisation de leurs œuvres. La CARFAC, ou le RAAV, pourrait très bien être associée à la définition des mécanismes pour protéger les artistes.
Le web pourrait être mis à contribution pour mettre en ligne des écrits sur les artistes, ce qui constitue un manque à l’heure actuelle. Même une exposition d’envergure meurt, si elle n’est pas portée par des écrits.
Pour soutenir la fréquentation des œuvres d’art, l’élargir et démocratiser l’accès à ces œuvres, tant dans le sens physique qu’intellectuel, il faut multiplier les occasions de contacts : politiques d’ouverture des musées et des frais d’entrées; utilisation du web; développement du discours, etc. Si on constate une absence de goût pour les arts, il faut faire de la recherche, relever quels sont les éléments qui font qu’un artiste a de l’impact, mis à part les éléments commerciaux et les tendances aux arts du divertissement, prouver les effets sur le corps, sur les individus, leurs humeurs, leur créativité, leur productivité liés à la fréquentation des arts. On a développé des discours pour le sport qui ont eu de l’impact ; on doit le faire pour l’art. Mais c’est aux artistes d’abord à se responsabiliser par rapport à la production de ces discours, soutenus en cela par une politique globale culturelle qui reconnaisse le statut social de l‘art et des artistes.
L’école doit jouer davantage son rôle de formation artistique de l’ensemble des citoyens. Dans les écoles spécialisées de formation des artistes en arts visuels, on doit réintroduire l’enseignement des beaux-arts, introduire l’enseignement de la réflexion sur l‘art et de la théorie artistique, pas juste les techniques, la créativité et l’expression.
Pour finir, on remarque, particulièrement en régions, que l’industrie touristique ne se sert pas assez des événements artistiques pour se vendre.
Autre constat d’une personne du groupe : les artistes autochtones subissent des pression pour faire de l’art traditionnel de la part de leurs communautés. Si un artiste veut poursuivre une démarche artistique plus personnelle et particulière, il doit souvent sortir de sa réserve. Mais cela pose un autre problème, à un autre niveau que celui de la pleine liberté de création en art : celui de nos rapports avec les communautés autochtones de notre territoire.