par Qs Pontiac
2.1 Conception marchande de l’école
Vers une seule vitesse en éducation ! Une école publique accessible, inclusive, plurielle, pour former des citoyennes et citoyens à part entière.
Proposition 1 : Réaligner le programme éducatif de l’école primaire et secondaire
En accord avec les missions énoncées dans le cahier de participation, on doit d’abord se demander quel type de personnes éduquées nous désirons côtoyer demain. Comme Caroline Fourest, on peut se demander : «…qu’est-ce qui doit être transmis à chaque être en devenir pour qu’il se reconnaisse à la fois en tant que citoyen, mais également en tant qu’individu membre d’une société culturelle particulière et membre à part entière de la société humaine ? » Bref, quelles connaissances, compétences et valeurs l’école doit-elle favoriser ?
En réponse à ces questions, nous pensons qu’il faut développer des compétences certes, mais pas au détriment des connaissances essentielles. Il faut permettre également l’apprentissage des valeurs en les privilégiant tout au long du parcours primaire, secondaire et collégial
Pour favoriser un équilibre entre le développement des connaissances, des compétences et des valeurs, il faut réaligner le programme éducatif de manière à trouver un juste milieu entre le cadre de référence actuel axé sur les compétences et issu de la récente réforme scolaire, la réalité sur le terrain et la vision et la mission éducative que propose Québec solidaire.
Lire, écrire, compter, savoir parler et s’exprimer en français, la langue commune, est essentiel. Ces éléments doivent toutefois être renforcés dans la progression académique. Dans un programme réaligné, la place qui revient aux connaissances essentielles à acquérir pour les enfants sera clarifiée.
Les connaissances inculquées en quantité et en qualité suffisantes aux élèves sont garantes des compétences qui seront mieux articulées dans le système éducatif. On sera alors compétent dans sa vie personnelle, professionnelle et citoyenne.
Proposition 2 : Pour permettre le développement du tissu social et de valeurs partagées, un programme de préparation à la vie citoyenne doit être dispensé tout au long du primaire et du secondaire. Il pourra traiter de savoir-vivre en société, d’entraide, de respect de l’environnement, de tolérance, d’ouverture à la diversité et au pluralisme, de consommation responsable, de santé, etc.
Proposition 3 : Afin de cultiver un milieu éducatif inclusif, pluriel et égalitaire, il faut éliminer toute pratique religieuse à l’école. L’école sera donc entièrement laïque. Aucun enseignement religieux n’y sera dispensé, aucun endoctrinement ou signe d’appartenance religieuse n’y sera accepté de la part de tout le personnel administratif et enseignant.
Notre conception de l’école et réussite des élèves :
Pour une école comme bien public, outil d’insertion et d’épanouissement. Pour des projets pédagogiques répondant à des besoins et à des clientèles spécifiques.
Selon l’UNESCO, « L’éducation est un outil puissant qui permet à des adultes et des enfants économiquement et socialement marginalisés de sortir de la pauvreté et d’être des citoyens à part entière. »
Les facteurs socio-économiques ont un impact majeur sur la réussite scolaire. Il faut continuer à en tenir réellement compte au primaire et au secondaire.
Proposition 4 : Les projets pédagogiques spécifiques doivent continuer et l’offre devrait se développer. Les élèves en difficulté, comme les jeunes moins favorisés ou socialement marginalisés, devraient bénéficier de projets novateurs, à recrutement sélectif, qui ont fait leurs preuves ici et ailleurs. On peut éviter l’intégration systématique dans les classes régulières (par exemple le Baltimore Curriculum Project) pour le bien de tous les intéressés. Ces projets devraient laisser une bonne place au développement des habiletés sociales. Il faut donc soutenir ces projets de diverses façons.
2.2 La marchandisation du savoir dans les études supérieures
Proposition 5 : La recherche publique doit retrouver son indépendance par rapport aux intérêts privés
Dans les universités québécoises — et canadiennes — il y a nécessité urgente de mettre la recherche à l’abri des pressions de l’entreprise privée et des objectifs de rentabilité économique que le gouvernement impose aux chercheurs. Ces derniers sont appelés par notre gouvernement à contribuer directement à l’essor de l’industrie et du secteur privé en général. Il faut arrêter de conditionner les maigres subventions publiques accordées aux chercheurs aux soutiens financiers que ceux-ci doivent trouver auprès d’industriels. De ce fait, il se fait de moins en moins de recherches à moyen, long terme ; la créativité, le goût du risque se perdent peu à peu. Dans certaines situations, la recherche scientifique a tellement perdu de vue l’indépendance qu’elle devrait garder, que l’on assiste à une prostitution, « léchage de bottes », soumission des chercheurs auprès des industriels.
Cette idéologie selon laquelle la recherche doit être au service de la prospérité économique de quelques corporations colonise la majorité des facultés, ces institutions pourtant supposées former des esprits critiques pour que l’humanité sache mieux affronter les défis inédits qui se poseront devant elle. La culture de travail est même transformée : aujourd’hui, dans un même département, les groupes de recherche monnayent entre eux les services qu’ils se rendent entre eux (les analyses par ex.) au lieu d’agir en partenaires pour servir la science, les connaissances. De gré ou de force, c’est bien « le marché » qui est devenu le véritable patron des laboratoires. Des armées de chercheurs, d’étudiants ne sont là que pour offrir à l’industrie le fruit de leur recherche sur un plateau d’argent et tout cela … pour un plat de lentilles. Parfois, cela se fait de façon volontaire, car des professeurs visent d’emblée tel marché pour obtenir les subventions et assurer leur survie.
Quoi –faire ?
Pour contrer la colonisation de la recherche publique par les intérêts marchands, il est grand temps de rendre les relations entre recherche publique et le secteur privé beaucoup plus hermétiques. Au nom de la progression des connaissances, de l’indépendance d’esprit et de créativité des chercheurs et des étudiants, le financement de la recherche doit être 100 % public et non conditionnel à une commercialisation ultérieure des savoirs.
Cela s’applique particulièrement au cas des sciences dures mais également aux sciences sociales. L’effort monétaire supplémentaire que ce financement public intégral représente est minime en regard des grands cadeaux que le gouvernement accorde aujourd’hui aux Bombardiers de la province. Si on cloisonne plus strictement les rapports entre recherche publique et le monde de la commercialisation, cela ne signifie pas forcément que la recherche appliquée ne se pratiquera plus dans les universités. Il y a dans la nature des esprits appliqués et d’autres tournés vers des problèmes plus fondamentaux. Il faut laisser ces différentes facultés intellectuelles se développer ; trouver un juste équilibre, une juste proportion entre ces deux pôles.
Quand les résultats des recherches deviennent matures, un comité annuel indépendant du gouvernement et du monde des affaires, par exemple un comité représentant différents acteurs de la société civile (associations étudiantes, syndicats de chercheurs, citoyens concernés, travailleurs …etc.) pourrait décider si ces nouveaux savoirs/techniques pourraient être « dévoilés » au secteur privé, moyennant juste compensation.
Dans le cadre de ces discussions, le comité pourrait être amené à consulter d’autres personnalités de la recherche, et pourquoi pas des industriels. Dans les détails d’application, il faudrait étudier comment ce mécanisme est compatible avec la propriété intellectuelle (brevets) que peuvent développer les universités. À l’heure actuelle, il y a une importante brèche : les savoir-faire (des techniques non brevetées) développés par les chercheurs et étudiants sont offerts presque gratuitement au secteur privé.
Une fois les savoir-faire « vendus », les chercheurs et étudiants reprennent leurs travaux toujours dans la même indépendance d’esprit et d’initiative. Bien sûr, cela ne signifie pas que chacun retourne à sa tour d’ivoire (qui est plus un mythe qu’une réalité). On comprend que les équipes de recherche doivent être en mesure de justifier de façon convaincante leur thème de recherche dans une perspective du bien commun, d’un mieux-être, d’une meilleure connaissance scientifique à atteindre à court, moyen, long terme. On pourrait alors s’attendre à un regain d’intérêt des étudiantEs pour la recherche, ce qui sur le long terme ne peut être que profitable pour l’ensemble de la société.
2.4 Gestion des institutions scolaires
Proposition 6 : Soutenir la croissance de l’école publique. Maintenir et améliorer les services directs aux élèves dans le système public.
Le MELS impose des compressions de 110 millions aux commissions scolaires en 2011-2012. Cela aura pour effet de couper des services directs aux élèves, même si le ministère affirme le contraire.
D’un autre côté, le MELS poursuit son financement de l’école privée !
Il faut renverser cette tendance :
Mieux gérer les ressources financières actuellement disponibles pour les écoles publiques et soutenir le développement de ces écoles, notamment aux niveaux primaire et secondaire.
Mettre fin aux subventions aux écoles privées pour : reprendre l’argent que nous leur donnons directement et indirectement et l’injecter pour embaucher des professeurs qualifiés et du personnel spécialisé (ortho, psycho, éducateurs, intervenants) et ajuster le ratio d’élèves dans les classes pour une gestion de classe optimale par l’enseignant compte tenu des élèves ayant par exemple des besoins particuliers.
Mieux gérer les ressources financières actuelles
Tous les acteurs du système d’éducation public, comme une seule grande équipe, doivent se concerter pour mieux gérer les ressources financières actuelles afin de maintenir et d’améliorer les services directs aux élèves.
Les commissions scolaires doivent faire leurs devoirs de bons gestionnaires en révisant leurs autres dépenses.
Le MELS doit mieux reconnaître les besoins des écoles et des commissions scolaires en services directs et plus ciblés. Les dépenses doivent être faites à la bonne place à tous les niveaux.
Proposition 7 : Mettre fin aux subventions aux écoles privées
La responsabilité de maintenir un système éducatif public de qualité doit être mieux partagée entre tous les Québécois et toutes les Québécoises. L’ensemble de la société y gagne.
L’important est que l’État, gardien du bien commun, conserve sur l’ensemble du réseau de l’éducation un pouvoir qui garantisse l’accès pour tous à une éducation de qualité et qu’il préserve sa capacité de taxer les contribuables afin de financer ce système.
La fréquentation du privé au cours des dernières années est de plus en plus importante chez les familles gagnant plus de 90 000 $ et celles-ci se trouvent principalement dans les grandes régions urbaines (Montréal, Outaouais, Québec), où se trouvent aussi près de 80 % des écoles privées.
Les écoles privées reçoivent, en moyenne, pour chaque élève, l’équivalent d’au moins 60 % du coût moyen d’un élève qui fréquente l’école publique. Nous voulons que les sommes épargnées au privé soient versées aux écoles publiques qui en auraient cruellement besoin.
En plus des subventions pour les activités éducatives, les écoles privées ont accès à des programmes d’infrastructures, elles sont en mesure, en grande partie, de remettre des reçus d’impôt, qui se traduisent en fin de compte par des recettes fiscales moindres.
Or, nous avons bien vu que la clientèle du réseau privé est de plus en plus nantie et nous savons que ce sont les tranches de revenus les plus élevées (100 000 $ et plus) qui profitent le plus des crédits d’impôt offerts.
L’Ontario a une fréquentation scolaire du réseau privé s’élevant à plus de 5 % (alors que le Québec est à 11 %). La fin de la subvention gouvernementale au Québec entraînerait certainement une diminution de la fréquentation scolaire, mais il s’agirait avant tout d’un réajustement en faveur du système public qui subit une diminution de la fréquentation scolaire depuis quelques années.
Si le gouvernement avait cessé de subventionner les écoles privées en 2006-2007, ce serait 411 M$ (dont 388 M$ provenant de l’allocation de base) qui reviendraient au secteur public.
Comment faire ?
Mettre en oeuvre une réduction progressive du financement public en 5 ans afin de permettre aux établissements privés de s’adapter à cette nouvelle situation. Ceci signifie de couper ces subventions de 20 % par année pendant 5 ans.
Nous prévoyons la négociation d’une entente de transfert des élèves et du personnel vers le public, pour les établissements qui le souhaiteraient.
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