par contribution individuelle (Marc Bonhomme)
Ce programme écosocialiste ne sera pas mis en place par les partis néolibéraux de l’Assemblée nationale et sera saboté à chaque instant par le Conseil du patronat, les Chambres de commerce, les nombreuses associations de gens d’affaires, les corporations professionnelles quand ce ne seront pas par l’appareil judiciaire et la répression policière à la manière du G-20 de Toronto, en un mot par la bourgeoisie, ses partis et son État. Pour l’imposer et l’appliquer, jusqu’à et y compris par des grèves de solidarité et des grèves générales, il faudra au prolétariat le temps libre de la démocratie et de la mobilisation, y compris les libertés syndicales afférentes, au lieu de perpétuer l’aliénation du travail salarié pour produire une « consommation de masse » polluante, anti-santé, individualiste et vite obsolète. Veut-on vivre pour consommer ou consommer pour vivre ? That is the question. Ceci dit, vivre c’est aussi travailler mais pas un travail aliénant pour les profits du patron et pour les guerres de leur État.
Depuis la Deuxième guerre mondiale, la productivité du travail a été multipliée par trois mais le temps de travail normal a à peine été réduit du tiers. Cette hausse phénoménale de la productivité du travail à peine compensée par le temps libre a non seulement permis l’orgie aliénante et polluante de la « consommation de masse » mais elle a aussi été l’occasion de fermetures de lieux de travail et de congédiements massifs, particulièrement pendant les crises économiques. Il s’agit la plupart du temps non de classiques banqueroutes mais de dites « rationalisations » ou « délocalisations » par des entreprises rentables, souvent suite à des acquisitions et à des fusions. Faire de fiers prolétaires des « morts vivants » (Félix Leclerc) à la marge de la société pour une poignée de dollars supplémentaires est particulièrement barbare. Ce crime ne se rachète pas par des larmes de crocodiles et encore moins par des comités de reclassement ou un chèque de séparation. Le droit de travailler, en fait sa nécessité sociale, est fondamental car il n’y a pas de création de richesse sans travail en autant qu’il se combine harmonieusement avec les écosystèmes.
Cette hausse de la productivité sans baisse significative du temps de travail pour l’amour de l’accumulation du capital fait en sorte qu’une bonne moitié de la population mondiale — trois milliards de personnes — n’arrive pas à combler leurs besoins légitimes de nourriture, d’habillement, de logement, de transport et de loisir. Dramatiquement, le système de « consommation de masse » est pour l’heure le seul système réellement existant apte à combler ces besoins. On ne peut reprocher au prolétaire chinois d’aspirer au consumérisme des « classes moyennes » occidentales ou japonaises alors que la nouvelle bourgeoisie chinoise ne leur offre que ce modèle éco-destructeur. Le quart le plus pauvre de la population québécoise y participe à la marge souvent par ses pires aspects comme le fast food qui rend obèse et malade, les minounes, les plus polluantes des automobiles, et les logements les plus mal isolés. Ce prolétariat pauvre n’a pas besoin d’un parasitaire revenu de citoyenneté, pâle image déformée des revenus spéculatifs du capital dont le but est de l’intégrer à l’économie de marché aux dépens des services publics, mais de contribuer à la société par un travail digne et socialement utile.
Il ne s’agit pas de prôner l’appauvrissement général pour sauver la planète, ce que suggère le terme de « décroissance », mais plutôt de mieux vivre, de mettre en place le temps du « bien vivir » proposé par les peuples aborigènes des Amériques. Non seulement la production d’armements, de publicité et de marketing, de fast food, d’automobiles, de bungalow et de système autoroutier doit-elle décroître mais elle doit tendre à disparaître ou atteindre un plancher très bas. Par contre, la production de services publics (santé, éducation, garderies, culture mais aussi transport et logement collectifs, efficacité énergétique et énergie renouvelable, et de nourriture biologique subventionnée) gratuits ou bon marché et financés par un impôt très progressif doit croître à grande vitesse.
Le « bien vivir » s’applique particulièrement aux femmes du Québec qui doivent prendre la relève des soins aux malades et aux personnes âgées dans le cadre du travail gratuit de l’esclavage domestique sans compter leur salaire inférieur à ceux des hommes à équivalence égal. Après s’être esquintées à élever les enfants du baby boom, voilà qu’elles vont les retrouver vieux et malades. Le capitalisme néolibéral se montre incapable de répondre adéquatement aux nouveaux besoins en services requis par les peuples des pays impérialistes, sauf pour les plus riches qui peuvent se les payer. Pour le prolétariat restent d’amputés services publics et programmes sociaux complétés, comme prix de consolation, par une « économie sociale », service social minimum pour le prolétariat pauvre par des employées, très majoritairement des femmes, pauvrement payées. Au Québec, l’économie sociale n’est pas autre chose que la renaissance de la bonne vieille charité chrétienne de l’époque de la « Grande noirceur ».
L’habilité politique de la bourgeoisie a été d’utiliser la société de « consommation de masse » pour étouffer par l’endettement et pour polluer idéologiquement par la mentalité mesquine de la petite propriété les couches supérieures et moyennes du prolétariat. Par cette habile manœuvre, la bourgeoisie les a transformées en « classes moyennes » à l’image de la petite bourgeoisie de cadres et de professionnels. Pendant que la bourgeoisie accumule du capital et du pouvoir, les « classes moyennes » accumulent des biens durables et des créances pour assurer leurs vieux jours… et des dettes à l’avenant. C’est ce modèle de l’American Way of Life, mis au point dans les années 20 aux ÉU, qui est au bout du rouleau, qui éclate dans la crise économique et écologique, et qui doit être remplacé par une économie de services publics au demeurant peu polluante et créatrice de riches rapports sociaux.
L’endettement privé a enchaîné le prolétaire au capitalisme financier. L’échéance inéluctable du paiement de l’hypothèque enlève beaucoup de marge de manœuvre au gréviste ou au prolétaire voulant se recycler sans compter que l’hypothèque en fait un spéculateur immobilier malgré lui car l’aisance de ses vieux jours dépend en grande partie de la valeur de son logement. La bonne performance des marchés financiers préside de plus en plus à l’importance de sa pension. Même le salaire des employées de l’État pourrait être, au Québec, fonction de la croissance du PIB, donc de la gestion capitaliste de l’économie.
La dictature du capital ne s’arrête pas à l’endettement des prolétaires et des fermes familiales mais il s’étend à celle de l’État : « La dette publique est la conséquence directe de politiques budgétaires et fiscales favorables aux classes sociales aisées et aux grandes entreprises. En réduisant l’implication de l’État et les contributions payées par les plus riches, elles ont creusé les déficits publics, alors que les besoins sociaux du plus grand nombre étaient de moins en moins satisfaits. Les bénéficiaires de ces largesses fiscales et sociales ont pu dégager une épargne dont ils n’avaient pas besoin. Ils en ont profité pour accroître leur fortune, dont ils ont placé une partie en juteuses obligations d’Etat. Cela leur a permis d’être gagnants sur les 2 tableaux : moins d’impôts à payer et une rente garantie perçue sur les dettes publiques. En d’autres termes, les gouvernements, par des lois fiscales successives, ont permis aux entreprises, nationales ou étrangères, de renforcer leur position de créanciers des États et de les rendre capables d’exercer un chantage sur les pouvoirs publics tout en faisant des gains substantiels. » (CADTM, 26 août 2010)
L’alternative écologique au modèle « consommation de masse » pour « classes moyennes » c’est la solidarité prolétarienne du plein emploi sur la base du temps de travail réduit sans diminution du pouvoir d’achat. La sécurité prolétarienne qui en découle se cristallise non dans des bungalow, des autos et un risqué portefeuille mobilier mais dans le développement de services publics gratuits et des programmes d’assurances sociales y compris l’assurance vieillesse par répartition du revenu national par l’intermédiaire de la fiscalité.
Revendications
• Augmenter immédiatement les dépenses dans les services publics et les programmes d’assurance sociale d’au moins 10 milliards $ par année • Arrêter toutes les privatisations, y compris les PPP, et annuler celles en cours et déjà faites. Instaurer la gratuité mur à mur dans tous les services publics y compris les soins dentaires et oculaires, les frais de scolarité universitaires, les frais de garderies et dans le transport public et l’électricité de base, sans trucage genre frais afférents • Bonifier les services publics suffisamment pour éliminer les listes d’attente anormales, particulièrement dans les garderies et le système de santé, tout en offrant la meilleure technologie disponible et une qualité élevée de prestation en termes de ratios et de soutien auxiliaire Construire 10 000 logements sociaux et écologiques par année • Des programmes d’assurance chômage et d’assurance accident qui garantissent 80% du meilleur salaire brut antérieur sur une période indéfinie • Le remplacement complet et immédiat du système des fonds de pensions capitalisés tant privés, y compris les REER, et étatiques, y compris les fonds gérés par la Caisse de dépôt et de placement, et de tous les abris fiscaux qui y sont attachés, par un système par répartition financé à même les impôts, à l’image du système des pensions de vieillesse du gouvernement fédéral, mais à hauteur de 80% du meilleur salaire brut antérieur à 65 ans, âge qui devra être réduit graduellement à 60 ans d’ici 2020 Un revenu minimum garanti indexé au niveau du seuil de faible revenu de Statistique Canada (ex. 1800 $ par mois pour une personne seule dans une grande ville) pour tous les sans travail et les sans bénéficiaires d’une assurance sociale
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