par Qs Laurier-Dorion
Question 2.2.1
Comment préserver et soutenir la mission fondamentale des cégeps et de l’université ? Comment empêcher l’affaiblissement de la recherche fondamentale et la dérive vers la production des seules connaissances rentabilisables ?
1- Considérant que l’Université est un lieu spécifique que se donne la société afin d’assurer la formation supérieure, la production et la diffusion du savoir, principalement par l’enseignement, la recherche, la création et les services à la collectivité ;
Considérant que l’exercice de ce travail intellectuel requiert une distance critique vis-à-vis des modèles établis dans la société ;
Que soit reconnu officiellement que les établissements d’enseignement universitaire du Québec ont pour principale mission le développement et la transmission de la connaissance, de la culture ainsi que la formation du jugement critique. Qu’en ce sens, le gouvernement du Québec reconnaisse et respecte l’autonomie universitaire et la liberté académique.
2- Considérant l’importance de protéger et de soutenir la mission fondamentale des universités ;
Considérant l’affaiblissement de la recherche fondamentale et la dérive vers la production des seules connaissances rentabilisables;
Considérant la subordination de plus en plus importante de la démarche scientifique à des « intérêts de connaissance » de courte vue, contraire à l’esprit de synthèse disciplinaire propre à l’université depuis sa fondation ;
Que toutes les recherches immédiatement pragmatiques, utilitaristes, visant en tout premier lieu (sinon exclusivement) à répondre à des besoins de connaissance ou d’information ponctuels, soient laissées à des instances extrauniversitaires (ex. ministères de la santé, du travail, de l’économie, aux entreprises, centres de recherche spécialisés, etc.).
3- Considérant l’état du phénomène de la commercialisation de la recherche dans les universités québécoises qui touche une proportion importante des professeur-e-s des universités québécoises et qui a tendance à s’étendre;
Considérant que les activités de commercialisation varient selon les disciplines;
Considérant qu’en l’absence de balises appropriées, la commercialisation de la recherche universitaire pourrait constituer une menace pour la liberté académique et l’autonomie universitaire;
Considérant l’importance de reconnaître la recherche universitaire publique, notamment en matière d’innovation, comme un bien commun devant être à l’abri des intérêts économiques privés;
Que l’on affirme clairement que la commercialisation, sous quelque forme que ce soit, ne saurait devenir une mission de l’Université.
Que cela se traduise par l’élaboration d’une politique publique fondée sur la reconnaissance de la connaissance (sous toutes ses formes) comme bien commun de l’humanité. Afin de garantir son appropriation sociale la plus large possible, et non privée, comme dans le cadre de la propriété intellectuelle de type capitaliste dominante (brevets).
Que cette politique vise, entre autres, à assurer les conditions légales et de financement d’une diffusion libre, large et gratuite des résultats de la recherche.
4- Considérant le développement sans limites de l’innovation technoscientifique impulsé par la pression de la croissance économique capitaliste;
Considérant les dangers d’une civilisation technologique fondée sur le principe déraisonnable de « ce qu’on peut faire, on doit le faire »;
Considérant que cette dynamique traduit un malaise révélé par la multiplication importante de comités d’éthique dans le domaine de l’innovation technoscientifique;
Considérant que cela traduit plus fondamentalement une crise dans notre faculté de juger adéquatement l’innovation technoscientifique dans son ensemble;
Que l’on décrète un moratoire sur l’innovation technoscientifique, afin d’en faire un bilan sérieux et afin de réorienter la recherche scientifique et technique en vue de finalités nouvelles, adaptées aux crises écologiques, sociales, culturelles et politiques contemporaines.
5- Considérant que la formation générale fait partie intégrante de la formation collégiale et qu’elle vise à former la personne en elle-même, à la préparer à vivre en société de façon responsable et à lui faire partager les acquis de la culture ;
Considérant que les programmes collégiaux doivent permettre à l’étudiant ou à l’étudiante un choix diversifié, que ce soit dans le perfectionnement de sa formation académique à l’université ou par le début d’une carrière professionnelle dans un secteur d’emploi donné;
Considérant que les programmes d’AEC contribuent à dévaloriser la formation générale ;
Considérant que les programmes bâtis en fonction d’un besoin spécifique de main d’œuvre ne sont pas garants d’une éducation de qualité ;
Que l’on renforce la formation générale collégiale, en revenant, par exemple, à 4 cours obligatoires de philosophie, d’anglais et d’éducation physique.
Que l’on applique le principe de polyvalence dans l’élaboration des programmes techniques (y compris les AEC), au lieu de les fonder de plus en plus sur les besoins à court terme d’entreprises privées.
6- Considérant que l’éducation doit se dissocier d’intérêts économiques pour préserver ses fonctions de transmission libre du savoir et de recherche autonome ;
Considérant que les fonctions de recherche des institutions post-secondaires sont financées principalement par le Ministère du Développement Économique, de l’Innovation et de l’Exportation ;
Considérant que la totalité des institutions d’éducation devraient relever du Ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport ;
Que les organismes de subventions à la recherche soient sous l’exclusive responsabilité du Ministère de l’Éducation. Et que ces sommes dédiées à la recherche soient distribuées en respectant l’équité entre les disciplines, la collégialité dans le choix des thèmes de recherche et l’autonomie académique des chercheur-e-s en matières de reddition de comptes.
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