par Yves Bergeron (individuel)
Pour une politique émancipatrice des arts
QS a, dans sa démarche de définition des axes de son programme, débuté un exercice de réflexion sur la culture et sa place dans la société québécoise. Toutefois, cette réflexion n’a pas abordé la place des arts dans l’ensemble culturel. Pourtant, le secteur de la création et de la diffusion des arts subit une attaque sans précédent de la part des gouvernements néolibéraux, ce qui contribue à précariser un secteur déjà fragile. Par ailleurs, les productions artistiques québécoises forment une image que veut donner la société québécoise au monde. Il est donc important d’y accorder un appui à son développement.
Plus largement, nous assistons à des pressions commerciales visant un formatage des formes d’expressions artistiques, les ravalant au stade de vulgaires marchandises à vendre au plus offrant, le plus rapidement possible. L’impérialisme impose les formes culturelles à toute la planète, une culture de consommation. QS s’inscrit dans la mouvance qui s’oppose à la marchandisation des arts et à la précarisation des artisans de la création et de la diffusion.
Le secteur des arts, c’est avant tout les créatrices et les créateurs ausquels il faut ajouter les salariéEs qui oeuvrent dans les secteurs connexes (technicienNEs de scène, administration, personnel de soutien, personnel des bibliothèques, des musées, des attractions, des corporation de développement culturel, des maisons de la culture, des librairies, etc) et qui sont tout aussi impliqués dans différentes formes de diffusion des arts. Les conditions de travail de ces personnes n’ont pas suivis le développement industriel des arts (Cirque du Soleil, Evenko, Spectra, Québecor, etc.). Bref, le secteur des arts au Québec voit le fossé se creuser entre un secteur industriel fortement concentré et une masse de créateurs qui sont de plus en plus dépourvu, malgré les progrès texhnologiques, des moyens de diffuser leurs oeuvres en marge de l’industrie. Un artiste qui ne mange pas dans la main des grands du secteur court le risque de voir sa diffusion se réduire à peu.
Par ailleurs, le secteur des arts a connu une marchandisation accéléré au cours des récentes décennies. Une véritable industrie a fait son apparition, non sans causer des torts importants à la qualité des créations et à leur diffusion. Le formatage des oeuvres pour les médias, les attaques contre les droits d’auteurEs, les réduction drastiques des budgets accordés à la création et à la diffusion, le tout au profit rapide et aux créations jetables et certaines formes de censure (ou d’autocensure) sont autant de phénomènes qui vont à l’encontre d’une politique de création authentique, de diffusion accessible et d’amélioration des conditions de vie des artisans des arts.
Le présent texte vise à amorcer une discussion qui devra culminer en un volet pour les arts dans la section culture du programme de QS d’ici le prochain congrès.
Dans plusieurs formes d’arts contemporain, il n’ya pas l’art d’un côté et le spectateur de l’autre mais des formes d’expériences qui sont des formes de transformation des régimes de perception, d’affect et de parole. (Jacques Rancière in Penser à gauche, p. 492) L’art est la création-invention, au niveau du mécanisme de la pensée et de l’imagination, d’une idée originale à contenu esthétique traduisible en effets perceptibles par nos sens. C’est aussi le miroir d’un peuple, d’une société.
Les arts ne sont pas de simples « divertissements » : au même titre que l’emploi, le logement, la santé, ils sont des besoins sociaux. Ils sont porteurs des espoirs, des contradictions, des conflits de la société : ils créent et développent des liens sociaux, ils participent à l’émancipation individuelle et collective. « L’art ne peut pas changer le monde, mais il peut aider à la prise de conscience de ceux qui veulent le changer. »
La culture ne se réduit pas aux seules industries culturelles, si importantes soient-elles. Vivante, elle naît d’abord de besoins individuels et collectifs de s’exprimer, dans les structures existantes - institutionnelles, communautaires, etc. Elle n’est pas non plus réductible aux arts constitués : les nouveaux médias, le design, la mode ou encore la gastronomie mettent de plus en plus en jeu des processus créatifs qui participent de la culture et qui, à ce titre, devraient être accessibles à tous.
L’art n,est pas neutre. Les pressions commerciales ont pour conséquence de favoriser certains types d’arts au détriment d’autres. Une politique solidaire aura pour but de permettre toutes les expressions artistiques d’avoir droit à la diffusion et de permettre aux publics d’apprécier et de juger de leur pertinence.
L’accès aux oeuvres comme l’accès à la formation artistique et aux pratiques créatives sont des missions de service public. Ils doivent être garantis pour tous et toutes, sur les lieux de travail, dans les quartiers, les villes et les régions.
Les domaines en jeu
La création - Garantir aux créateurs la propriété de leurs oeuvres - Offrir aux auteurEs, compositeurs et interprète un régime de revenus garantis en échange d’un accès public gratuit à leurs oeuvres - Promouvoir une création libre de tout formatage - Offrir un réseau de lieux de création/diffusion public, intégré et ouvert à tous et toutes - Favoriser l’expression et l’auto-organisation des artistes dans la définition d’une politique de développement des arts - Défendre la diversité artistique et la liberté d’expression - Favoriser les échanges artistiques avec les réseaux alternatifs internationaux
La diffusion - Mettre en place un réseau intégré de lieux de diffusion public et accessible à tous et toutes - Favoriser la gratuité ou des frais symboliques dans le maximum de manifestation artistiques - Mettre à jour et développer le réseau public et scolaire de bibliothèque accessible à tous et toutes - Favoriser la diffusion des formes marginales d’arts - Favoriser les échanges artistiques avec les réseaux alternatifs internationaux
La participation - Promouvoir la pratique des arts, notamment à l’école - Valoriser l’enseignements des arts et des pratiques artistiques à l’école - Favoriser la gratuité d’accès dans les cas des musées, des galeries d’arts, des salles de spectacles du milieu scolaire, etc.
Les arts s’inscrivent de plus en plus dans la vie sociale et communautaire. Pour cette raison, ils ne doivent pas être confinés à des endroits particuliers mais s’étendre à tous les milieux et dans toutes les circonstances. Ce déplopiement s’artiicule autour des 4 axes :
Brève bibliographie
Jacques Rancière, Le spectateur émancipé, Paris, La Fabrique, 2008
Agnès Tricoire, Petit traité de la liberté de création, Paris, La Découverte, 2011
Stuart Hall, Identités et cultures – Politique des Cultural Studies, Paris, Éd. Amsterdam, 2007
James C. Scott, La domination et les arts de résisitance, Paris, Éd. Amsterdam, 2008
Jean-Guy Lacroix, La condition d’artiste : une injustice, Montréal, VLB Éditeur, 1990
Théodor Adorno, Le caractère fétiche dans la musique, Paris, Éd. Allia, 2001
Ève Lamoureux, Arts et politique, Montréal, Écosociété, 2009
Hannah Arendt, La crise de la culture, Paris, Gallimard, 1989
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