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Décider ensemble
par Cercle Gauche socialiste-MTL: démocratie et capitalisme
Le capitalisme est caractérisé par la propriété privée des grands moyens de production et de distribution, propriété concentrée entre les mains d’une minorité restreinte de la société. Cela confère à cette minorité un énorme pouvoir économique, lui permettant de déterminer les conditions de vie et de travail de la grande majorité, des salariés (et aussi, dans une grande mesure, des autonomes et de la classe moyenne des petits et de moyens entrepreneurs). Cette minorité possédante de grands capitaux prend les décisions importantes concernant l’investissement, concernant quoi produire, comment produire, où produire, tandis que les autres subissent les conséquences de ses décisions. (La crise actuelle est une manifestation éclatante de cette réalité.) Déjà à ce niveau – celui de la concentration du pouvoir économique entre les mains privées - il existe une contradiction profonde entre le capitalisme et la démocratie.
Le fait que depuis un quart de siècle tous les gouvernements sociaux-démocrates, les uns après les autres, ont abandonné leurs projets réformistes, ne s’explique pas par la corruption de leurs dirigeants. Il s’explique plutôt par le fait que le capital, soucieux de ses profits, est devenu moins tolérant des dépenses sociales, dépenses « non-productives » (de profits). Les gouvernements, mêmes progressistes, mais qui acceptent le capitalisme comme fatalité, n’ont pas de choix que de s’y plier. La régulation sociale adoptée pendant les « trente glorieuses », dans la mesure où elle a vraiment été sociale, a été le fruit d’un rapport de force favorable aux salariés. L’expérience de la Dépression, le plein emploi créé par la guerre, l’impact de la lutte contre le fascisme – tout cela a contribué à une puissante mobilisation populaire en faveur des droits sociaux qui a atteint son apogée à la fin des années 1960 et au début des années 1970. Mais ces luttes se sont arrêtées devant la mise en cause réelle du capitalisme, du pouvoir économique de la bourgeoisie. Cela a permis à celle-ci, s’appuyant initialement sur les effets de la crise économique du milieu des années 1970, de lancer une contre-offensive afin de récupérer le terrain perdu et de restaurer ses profits. La « mondialisation » et le « néo-libéralisme » consacrent au niveau politique et idéologique cet affranchissement du capital de responsabilité sociale.
Cette analyse ne serait pas complète sans mentionner le pouvoir idéologique (contrôle des idées) que la concentration du pouvoir économique confère à la bourgeoisie. Les médias de masse appartiennent aux membres de cette classe, qui contrôlent également la grande partie de la production culturelle et qui influencent de plus en plus les orientations des universités. Encore une fois, l’État dit démocratique pourrait en principe intervenir pour assurer une plus grande liberté de la presse, de la vie culturelle et intellectuelle. Il pourrait favoriser la participation populaire à la vie politique en réduisant le temps de travail, en assurant la transparence de son propre fonctionnement, en fournissant aux jeunes une éducation citoyenne critique, etc.
Mais au lieu de cela, les gouvernements dans les sociétés capitalistes s’efforcent à marginaliser les classes populaires, à les assoupir, à les rendre indifférentes aux grands enjeux de la vie politique qui les concernent. Ils le font parce que leur tâche est vraiment très compliquée : maintenir la confiance de la minorité possédante tout en essayant, ou en feignant, gouverner dans les intérêts de la grande majorité, des classes populaires. Cette tâche est compliquée parce que les intérêts des deux groupes sont fondamentalement antagoniques. D’où le « déficit démocratique » qui s’observe, à un degré ou autre, dans toutes les démocraties capitalistes. D’où le fait que les périodes d’extension des droits sociaux coincident avec les périodes de montée des luttes populaires.
Le bilan de l’expérience populaire de la démocratie dans la société capitaliste est le suivant : les gains doivent être arrachés de haute lutte, extraparlementaire encore plus que parlementaire (cette dernière étant relativement impuissante sans la première) et ils restent toujours partiels et précaires, à moins de s’insérer dans une stratégie visant la socialisation (démocratisation) des moyens principaux de production et de distribution. Une telle stratégie doit inclure la perspective d’un affrontement politique éventuel qui débordera le cadre de l’État existant, parce que l’histoire nous apprend que la bourgeoisie ne reculera devant rien pour éviter d’être dépossédée.
La taille du défi tracé par cette analyse a de quoi décourager ceux et celles qui cherchent des solutions simples au « déficit démocratique » de notre système politique. Mais cette analyse a le grand avantage d’être réaliste.
David Mandel (membre)
Daryl Hubert (membre)
Philippe Lemni (membre)
Suzan Caldwell (membre)
José Bazin (membre)
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