Les contributions comme celle ci-dessous ont été rédigées par des cercles citoyens. Elles vous sont suggérées comme lecture afin d'alimenter votre réflexion sur les enjeux et vous montrer la diversité des opinions, des théories et des tendances des membres de Québec solidaire. Vous pouvez utiliser ces textes comme point de départ et y réagir, ou alors écrire votre contribution en partant d'ailleurs.
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par cercle citoyen : Question de pouvoir
À la première étape de la démarche par laquelle Québec solidaire se propose d'élaborer son programme politique, on nous demande « comment réaliser un Québec démocratique, pluraliste et souverain? ».
Il nous semble toutefois qu'il y a une question plus fondamentale qui n'a pas été formellement posée, et à laquelle il n'a donc pas été clairement répondu. Cette question, c'est celle du pouvoir et de la façon dont nous souhaitons qu'il soit réparti dans ce « Québec que nous voulons ». En clarifiant cette question, Québec solidaire disposerait d'un instrument relativement simple pour permettre à la fois d'évaluer les idées soumises au débat, et d'expliquer au grand public son projet de société. Nous souhaitons que la question soit posée, et que soit explorée la réponse suivante :
Toute personne devrait disposer d'un maximum de pouvoir
sur sa propre vie et sur ses conditions d'existence
Le commencement du pouvoir est en effet la capacité, pour un individu, de contrôler sa propre vie, de maîtriser ses conditions d'existence, de faire des choix libres et éclairés en fonction de ses propres besoins. Ce pouvoir-là, chacun a besoin de l'exercer. Cependant, personne ne devrait l'exercer au détriment du pouvoir des autres sur leur propre vie. Là où le pouvoir devient excessif, c'est quand, des puissants se mettent à contrôler en grande partie la vie des autres ou, plus souvent, choisissent simplement d'ignorer comment leurs décisions peuvent limiter le pouvoir des autres sur leur propre vie.
Il arrive que les actes de gouvernement ne soient que les actes du puissant en fonction de ses propres intérêts. Cependant, l'idéal du gouvernement démocratique serait justement de permettre que chaque individu détienne un maximum de pouvoir sur sa propre vie, tout en l'empêchant de limiter indûment le même pouvoir chez les autres. Autrement dit : la juste répartition du pouvoir.
Cette notion, le pouvoir des individus et des collectivités dans leur propre vie, n'est pas énoncée dans la Déclaration de principes de Québec solidaire. Cependant, on peut la reconnaître, sous-jacente, dans chacun des principes de cette Déclaration :
Si l'environnement est devenu la préoccupation de l'heure, c'est parce que la façon contemporaine de produire et de transporter, ainsi que le traitement des déchets, ne tiennent pas suffisamment compte de leur impact sur les conditions d'existence de la race humaine – et même de la biosphère.
Le féminisme n'aurait pas sa raison d'être si les femmes et les hommes disposaient d'un égal pouvoir dans leur propre vie.
La justice sociale, l'égalité, la solidarité, ce n'est pas seulement l'exercice d'une liste de droits reconnus. C'est d'abord la possibilité, pour chacun, de décider librement et en connaissance de cause pour soi-même.
C'est aussi ce que cherche l'altermondialisme, mais à l'échelle des nations; à l'échelle du Québec, c'est ce que cherche un souverainisme respectueux des peuples autochtones, de la communauté anglophone, des personnes immigrées, des régions.
Pour répondre à la question « Comment réaliser un Québec démocratique, pluraliste et souverain ? » et, par la suite, aux autres questions qui seront soulevées dans la démarche vers le programme, cette notion : le pouvoir des individus, mais aussi des communautés locales, des régions, de l'ensemble des Québécois, sur leurs conditions d'existence constitue donc un critère précieux pour permettre à la fois d'évaluer les modèles, mesures ou projets soumis au débat, et d'expliquer au grand public ce que veut QS.
Ce n'est pas tout. Aucun gouvernement, y compris un gouvernement Solidaire, n'est totalement à l'abri de la tentation de profiter de la loi du plus fort, fût-ce au profit de ce qu'on considère alors comme le bien commun. Le critère que nous proposons, en ramenant constamment l'attention sur l'impact des décisions sur l'autonomie des personnes et des collectivités les plus vulnérables, serait un guide précieux, relativement simple, pour arriver à exercer le pouvoir « autrement ».
« Relativement » simple : il importe de ne pas confondre pouvoir sur les conditions d'existence et pouvoir d'achat. D'une part, le pouvoir sur mes conditions d'existence doit respecter celui du voisin, alors que le pouvoir d'achat, chez les plus riches, leur donne justement le pouvoir d'acheter le travail (bien ou mal payé) d'un grand nombre de personnes, de polluer le milieu de vie d'un plus grand nombre encore, puis de les réduire au chômage pour un demi-point de baisse de valeur d'un paquet d'actions. D'autre part, le pouvoir d'achat n'est pas, pas plus que le PIB, un étalon de qualité de vie. Détenir un pouvoir sur nos conditions d'existence, c'est surtout être libres de définir nos besoins réels, dans un système qui en invente chaque jour de nouveaux pour mieux nous vendre de quoi les « satisfaire ».
Cela clarifié, comment la notion de pouvoir de chacun-e sur sa propre vie et sur ses conditions d'existence peut-elle éclairer notre quête d'un Québec démocratique, pluraliste et souverain ? Comme unité de base (« brique ») dans la construction du Québec que nous voulons, à tous les niveaux :
comme balise au moment de définir un « espace démocratique » pour les régions et les municipalités du Québec. Il s'agit en effet de rapprocher le lieu de décision des personnes affectées par ces décisions, et non de mettre entre les mains d'une « élite locale » les moyens de vendre au plus offrant les ressources de sa région, sans souci de l'effet d'une telle vente sur les habitants de ladite région, voire des régions voisines ou de l'ensemble du Québec.
comme guide dans la définition du Québec souverain que nous voulons. Il s'agit en effet de devenir « maîtres chez nous », et non de constituer une « république de bananes » (ou d'épinettes, ou d'eau...) dont les ressources seraient à la portée du plus offrant. Or, à supposer qu'un gouvernement Solidaire sache réaliser ce projet, il reste à prévoir ce qu'il en adviendrait si un autre parti prend le pouvoir par la suite.
comme argument dans la promotion de notre projet Solidaire
comme balise au moment d'établir les modalités d'intégration des nouveaux arrivants. Il s'agit à la fois de permettre à chacun d'exercer, dès que possible, le pouvoir sur ses conditions d'existence, et pour la collectivité qui accueille, d'exercer celui de définir les « valeurs communes », leur enracinement et leur expression dans la vie quotidienne, de l'échelon le plus proche (voisinage) au plus lointain (médias).
Le temps et les moyens nous manquent pour tester notre idée et en vérifier les limites. Sous cette unique réserve, le pouvoir des individus et des collectivités sur leurs conditions d'existence nous semble une notion capable de rejoindre chaque personne (de gauche, de droite, du centre...) dans ses besoins et ses aspirations, et donc un outil pertinent à l'aide duquel présenter à tous notre projet Solidaire. Le projet de QS tel que nous le comprenons, c'est que ce pouvoir soit accessible au plus grand nombre.
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